“À l’intérieur de mes plus profondes convictions, j’ai toujours su que le jardin d’Eden mentionné dans la Genèse faisait allusion au corps humain et que le fruit défendu situé “au beau milieu du jardin” (Genèse 3.3) est une référence à nos parties génitales. Et vous, qu’en pensez-vous?”

– Anonyme

 

Permettez-moi avant tout une remarque par rapport à la formulation de votre question. Vous parlez de «vos plus profondes convictions». Il est toujours important d’être attentif à nos convictions intérieures et de chercher à être fidèle à notre conscience. Cependant, quand il est question de recherche de la vérité, on ne peut pas se fier simplement à nos convictions intérieures… Il doit y avoir quelque chose de moins subjectif, de plus objectif,  pour nous guider dans la compréhension de cette vérité.

 

Pour nous chrétiens, ce repère objectif, extérieur à nous-mêmes, c’est la Parole de Dieu, prise dans son contexte, avec l’éclairage des différents textes qui parlent du même sujet (Psaume 119.105). C’est par-dessus tout Jésus-Christ, qui a pu dire : «Je suis le chemin, la vérité et la vie» (Jean 14.6).

 

Pour revenir directement à votre question, elle a fait l’objet de beaucoup de spéculations au fil des siècles. L’hypothèse que vous présentez a été faite par plus d’un commentateur, le plus célèbre étant sans doute celui qu’on appelle Saint-Augustin.

 

Plusieurs facteurs ont sans aucun doute contribué à cette association entre péché originel et sexualité. Tout d’abord, le fait que la Genèse mentionne qu’Adam et Ève vivaient nus, sans en avoir honte, mais qu’ils ont dû se couvrir après le péché. C’est comme si le péché avait quelque chose à voir avec la nudité… donc la sexualité.

 

Et puis, il y a bien sûr la constatation que les pulsions sexuelles sont très fortes chez l’être humain, qu’elles ne sont pas toujours bien orientées, et qu’elles entraînent nombre de péchés dénoncés par la Bible (voir par exemple : Galates 5.19; 1 Corinthiens 6.9,10,18). Cette déformation sexuelle n’est-elle pas l’indice que l’origine de tous nos maux est d’avoir succombé à l’acte sexuel ?

 

En fait, rien n’est plus éloigné de la réalité. Et ce n’est vraiment pas ce que dit le texte biblique. Voici pourquoi :

  1. Rien dans le texte de la Genèse ne suggère qu’il faudrait voir le Jardin d’Éden comme un symbole ou un lieu allégorique. Au contraire, il est présenté comme le lieu réel où vivaient l’homme et la femme au départ.Bien que le récit biblique des deux premiers chapitres de la Genèse ne puisse pas être lu comme un récit «scientifique», ni même comme un rapport historique (puisqu’aucun être humain n’était présent au moment de la plupart des événements rapportés), il ne fait aucun doute que Dieu nous donne là une révélation de son œuvre créatrice et de son projet pour l’humanité.Le fait qu’il place Adam et Ève dans un jardin magnifique montre que nous avons été créés pour vivre en harmonie avec la nature, pour en prendre soin et pour y trouver les éléments fondamentaux qui répondent à nos besoins physiques et psychologiques.L’être humain a reçu la responsabilité de prendre soin de ce milieu naturel (voir Genèse 1.28; 2.15). Il y a donc un lien étroit entre l’homme et la nature, et lorsque l’homme s’est séparé de Dieu, c’est tout le monde naturel qui en a été affecté, comme le montre bien non seulement le chapitre 3 de la Genèse, mais aussi l’enseignement du Nouveau Testament (Romains 8.20,21).Si on élimine cette vision bien réelle du jardin d’Éden et du monde naturel dont l’être humain était l’administrateur, si on le prend seulement comme un symbole (du corps humain par exemple), alors toute la vision biblique est altérée. Il y a un lien étroit, dans la Bible, entre l’introduction du péché dans le cœur de l’homme et la dégradation physique de la nature. Pourquoi? Parce que la loi de la solidarité nous apprend que lorsque le responsable, le gestionnaire de la planète se coupe de son Créateur, tout ce qui lui a été confié souffre des conséquences de ce choix.
  2. L’arbre de la connaissance du bien et du mal n’a rien à voir avec les parties génitales de l’être humain !!En fait cet arbre, lui aussi, était bien réel. Il n’était pas magique, bien entendu, et ne portait pas en lui-même la malédiction ou la mort. En réalité, il servait de signe pour manifester la fidélité ou l’infidélité de l’être humain envers son Créateur.Je vous recommande de lire à ce sujet la réponse que nous avons donnée à l’un de nos auditeurs, dans cette même rubrique de notre site web : Pourquoi cet arbre en Éden ?Suite à la rupture entre l’être humain et Dieu, toutes les dimensions de sa vie ont été affectées et troublées par le mal. Y compris la sexualité. Mais pas seulement. En fait le péché originel est l’égocentrisme et c’est cet égocentrisme qui a perverti et sali les relations sexuelles entre hommes et femmes, en privilégiant souvent la recherche du plaisir personnel (par tous les moyens…) au lieu de l’échange d’amour dans la pureté et le respect. Mais…
  3. Dès l’origine, la sexualité fait clairement partie du plan de Dieu pour l’homme et la femme. Il suffit de lire Genèse 1.27,28 pour s’en convaincre :«Dieu créa l’homme à son image, il le créa à l’image de Dieu, homme et femme il les créa. Dieu les bénit et Dieu leur dit : Soyez féconds, multipliez-vous, remplissez la terre.»Le second chapitre de la Genèse va dans le même sens :«C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère et s’attachera à sa femme, et ils deviendront une seule chair.»  – Genèse 2.24

    Tout le message biblique présente la sexualité comme la volonté de Dieu pour le couple, et le plaisir sexuel comme un cadeau divin au couple, dans le cadre du mariage. Un ivre entier de la Bible, le Cantique des cantiques célèbre l’amour voluptueux au sein du couple fidèle.

 

Le fait que le péché ait entraîné de nombreuses déviations dans le domaine de la sexualité (comme dans tous les autres domaines de la vie de l’être humain !) n’annule pas le fait que la sexualité pure, fidèle et aimante fait partie du projet divin.

Ainsi, en tant que croyant attachés à la Bible, nous ne devons pas condamner la sexualité ou la regarder comme «un mal nécessaire» pour la procréation et pour satisfaire nos pulsions… Au contraire, nous devons voir l’union sexuelle au sein du mariage comme une partie intégrante de l’union conjugale et l’un des éléments que Dieu nous a donnés pour grandir dans l’intimité et dans l’amour.