Jésus a dit un jour à ses disciples que quelques-uns d’entre eux ne mourraient pas «qu’ils n’aient vu le Royaume de Dieu venir dans la gloire» (Matthieu 16.28). Ils sont tous morts depuis longtemps et le Royaume de Dieu n’est toujours pas venu ! Jésus s’est-il trompé ?

Réjean  (Mirabel)

Cette déclaration du Christ a été utilisée, avec d’autres, pour dire qu’il s’attendait à une venue très rapide du Royaume de Dieu après sa mort et sa résurrection. Dans son humanité, Jésus se serait trompé sur le temps nécessaire à l’accomplissement des prophéties menant à son retour…

Est-ce que ce texte peut être compris de cette manière ?

Pour être honnête, il faut toujours lire un texte dans son contexte. Et dans ce cas précis, le contexte nous aide énormément à comprendre la déclaration de Jésus.

Les trois évangiles qui rapportent cette phrase mystérieuse du Christ la situent exactement dans le même cadre (voir Matthieu 16.24-17.2 ; Marc 8.34-9.2; Luc 9.23-31). On peut le résumer ainsi :

  • Jésus dialogue avec ses disciples à propos de son identité et de sa mission
  • Pierre le reconnaît comme le Messie
  • Jésus leur annonce ses souffrances, sa mort et sa résurrection
  • Il énonce les conditions pour le suivre et être prêt à son retour en gloire
  • Alors vient la phrase qui nous intéresse : «Quelques-uns ne mourront pas…»
  • Ensuite vient le récit de la Transfiguration de Jésus sur la montagne

Il est significatif que les trois évangélistes commencent le récit de la Transfiguration par une précision de temps : «Six jours après…», disent Matthieu et Marc; «environ huit jours après…» dit Luc. C’est un élément important, parce qu’il est extrêmement rare que les évangélistes donnent des précisions chronologiques de ce type dans leur récit de la vie du Christ. Le plus souvent, ils relient les événements par des expressions comme «Après cela…» ou «En ce temps-là…».

Mais ici, la datation est précise : «six jours après». Six jours après quoi ?

Six jours après ce qui précède, c’est-à-dire les paroles de Jésus sur sa mort et sa résurrection, sur son retour en gloire et sur ceux qui ne mourront pas avant de l’avoir vu. D’ailleurs Luc précise : «Huit jours environ s’écoulèrent après qu’il eut dit ces paroles, puis Jésus prit avec lui Pierre, Jean et Jacques, et il monta sur la montagne» (Luc 9.28).

Il ne fait donc aucun doute que, dans l’esprit des évangélistes comme dans l’esprit des apôtres qui leur ont rapporté les événements, il y a un lien entre la fameuse phrase de Jésus et l’événement de la Transfiguration. En fait, pour eux, la Transfiguration du Christ sur la montagne est l’accomplissement de la promesse faite par Jésus que quelques-uns ne mourront pas avant d’avoir vu le Royaume de Dieu dans sa gloire.

Comprenons pourquoi.

Que s’est-il passé sur la montagne de la Transfiguration ?

  1. Le corps et les vêtements de Jésus ont été transformés, «métamorphosés» dit le texte original. Il est apparu à quelques apôtres (Pierre, Jacques et Jean) dans une gloire presque indescriptible, lumineux, éclatant. Notez que c’est la seule fois dans tout le ministère du Christ qu’il est vu «dans sa gloire». Même après la Résurrection, il n’apparaît jamais avec cette gloire resplendissante !
  2. Deux grandes figures de l’Ancien Testament, Moïse et Élie apparaissent avec Jésus et s’entretiennent avec lui. Ils sont vus, eux aussi, par les trois apôtres, et même reconnus par eux (probablement par révélation divine). Or, Moïse, l’homme de Dieu par excellence, est mort, mais plusieurs indices nous montrent que Dieu l’a ressuscité (voir Deutéronome 34.5,6 ; Jude 1.9), comme l’enseigne la tradition juive. Quant au prophète Élie, selon les Écritures, il est monté au ciel sans passer par la mort (2 Rois 2.1,11).
  3. Ainsi, la scène de la Transfiguration représente de manière très concrète le Royaume de Dieu dans sa gloire, à la fin des temps : Jésus au centre (glorieux); Moïse à ses côtés, qui représente les élus de Dieu, morts et ressuscités; et Élie qui représente tous les élus qui seront vivants au retour du Christ et seront transmués (voir 1 Corinthiens 15.51,52). On peut donc dire que la Transfiguration est une vision en miniature du Royaume : Jésus et les élus dans la gloire, anticipation et annonce prophétique du Royaume final de Dieu.

Ce que Jésus a annoncé en Matthieu 16.28, c’est que certains (Pierre, Jacques et Jean) ne mourraient pas avant d’avoir vu cette expression du Royaume glorieux qu’était la Transfiguration. Ils sont morts, bien sûr, mais après avoir vu en miniature le royaume de gloire.

C’est la raison pour laquelle l’apôtre Pierre, des années plus tard, dans sa seconde lettre aux chrétiens, écrira avec assurance :

Ce n’est pas, en effet, en suivant des fables habilement conçues, que nous vous avons fait connaître la puissance et l’avènement de notre Seigneur Jésus Christ, mais c’est comme ayant vu sa majesté de nos propres yeux.

Car il a reçu de Dieu le Père honneur et gloire, quand la gloire magnifique lui fit entendre une voix qui disait: Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis toute mon affection. 

Et nous avons entendu cette voix venant du ciel, lorsque nous étions avec lui sur la sainte montagne.      (2 Pierre 1.16-18)

 

 

Non, Jésus ne s’est pas trompé ! Au contraire, sa déclaration nous montre qu’il était pleinement dirigé par le Saint-Esprit et qu’il voulait ancrer dans le cœur de ses disciples, et dans le nôtre, la certitude de la venue de son Règne glorieux. Gardons les yeux fixés sur son proche retour ! Celui qui a été vu sur la montagne avec Moïse et Élie revient bientôt pour accorder la vie éternelle à tous ses enfants !